Lakewood

Une adresse : 2514 Lakewood, Detroit, MI 48215. Une adresse dans le coin supérieur gauche de l’enveloppe. Écriture légèrement penchée vers la droite, au stylo bille bleu. Trois timbres, le cachet US Post – une aigle de profil – et ce petit rectangle « Par Avion Air Mail » passé sur la langue avant d’être collé sur l’enveloppe. La date, toujours la même : 15 novembre. 15 novembre 1977, 15 novembre 1978, 15 novembre 1979, 15 novembre 1980, 15 novembre 1981, 15 novembre 1982, 15 novembre 1983, 15 novembre 1984, 15 novembre 1985, 15 novembre 1986, 15 novembre 1987, 15 novembre 1988, 15 novembre 1989 et la dernière envoyée dans des circonstances terribles, le 15 novembre 1990.

La carte Hallmark est toujours la même : format 12,0 X 16,7, carton épais, crème, au recto un dessin de gâteau et de bougies et deux mots à l’encre dorée : HAPPY BIRTHDAY. Sans point d’exclamation, sans bouchon de champagne. Juste ce message simple et solennel : HAPPY BIRTHDAY.

Sur le plan de Detroit le 2514 Lakewood se trouve au nord-est de la ville, à 5 ou 6 miles du centre. Sur le plan, Lakewood est une rue indistincte dans un quartier d’artères parallèles ne rencontrant d’autres rues qu’à angle droit. Le lac St Clair se trouve à deux miles et, avec lui, la frontière canadienne.

La carte arrivait vers le 25 mais mon grand-père ne me la donnait que le 30. Il avait déjà ouvert l’enveloppe. En plus de la carte elle contenait deux ou trois feuilles de papier à lettres « Avion » fines et translucides comme du papier à cigarettes, détachées d’un bloc identique à celui qu’il utilisait pour ses lettres mensuelles. Quels récits de Detroit pouvait contenir ces feuilles légères ?

Sur Google Maps en février 2022 seules trois épingles apparaissent à proximité de Lakewood. Un Burger King noté 2,8/5 (« This has got to be the worst Burger King in Detroit. It should be shut down. How can you wait so long and still receive cold food? »). Une antenne de la Salvation Army aux commentaires catastrophiques (« This Salvation Army is disgusting, they give away old food, social services is not friendly at all. Mrs Lewis the woman that was suppose to help me was so rude ! ») Un centre de tests PCR ne comptant que cet avis troublant : « This place is vacant. I went today at 12pm and I only saw gates and signs. This place was probably never opened in the first place, and the reviews are fake as well. »

30 novembre 1980. Mes dix ans. J’ouvre la carte. Les mots sont toujours les mêmes. L’écriture ancienne, appliquée, immédiatement lisible, trace sur le carton épais : « Je te souhaite un joyeux anniversaire. Tendrement. Marinette ». Joyeux anniversaire. Tendrement. Marinette. Ces mots simples et impersonnels envoyés chaque année, tendrement, par cette grand-tante que je ne connais pas.

Changeons de calque. La version Satellite, prise en avril 2019, montre un quartier de maisons individuelles isolées, entourées d’arbres au printemps. L’image est verte (vert des arbres hauts, vert du gazon des front yards, vert des hautes herbes des back yards) et quadrillée de gris (le bitume des rues qu’aucune voiture n’emprunte à l’heure où l’image a été prise). Aucun mouvement humain n’a été saisi à l’heure où le satellite survolait Lakewood. Où étaient les gens ce jour d’avril 2019, cent dix ans exactement après la naissance de Marinette ?

Dans l’État-Civil de Clichy-la-Garenne Marinette apparaît le 3 avril 1909, numéro d’acte 274, entre Victor Aldebert (acte 273) et André Monteil (acte 275). Marinette est encore « Marie Louise Georgin » venue au monde à 3 heures du matin 6 impasse des Cailloux de Marie Octavie Georgin journalière célibataire âgée de 37 ans. Julien Legros et Joseph Lacroix, témoins, sont des voisins et la sage-femme – Alexandrine Badin veuve Dard âgée de 61 ans – réside 25 rue du Bois. Marinette vient au monde entourée de Marie Octavie, d’Alexandrine, de Julien et de Joseph, tous signataires de l’acte. Manque un élément essentiel, celui qui rallonge d’une ligne les actes de Victor et d’André : Marinette naît « de père non-dénommé », comme son frère Louis trois ans plus tard.

En 2014 mon amie Clémentine s’installe boulevard Anatole-France, à deux pas de l’impasse des Cailloux. Elle habite au dernier étage et son balcon donne sur l’impasse et l’immeuble où mon grand-père puis Marinette ont vu le jour. Un dimanche après-midi à manger des gâteaux avec des amis qui ne savent rien de cette histoire, quelques mois avant la destruction de l’impasse et son remplacement par une aire de jeux.

Je ne sais quasiment rien de la vie de Marinette entre 1909 et 1946, date à laquelle elle réapparaît dans mes papiers. Sur la page 38 de mon carnet du moment j’ai écrit en en-tête : Marinette 1909→1946. Longtemps la page est restée blanche et, même aujourd’hui, elle ne contient que ceci :

  • Rue de Phalsbourg / de Presbourg
  • Cadum-Palmolive
  • Avortements

Marinette aurait vécu rue de Phalsbourg. Ou de Presbourg. Je ne sais pas, j’ai oublié, je confonds. La rue de Presbourg est une rue qui, avec la rue de Tilsitt, forme un cercle autour de la place de l’Étoile. La rue de Phalsbourg (17e arrondissement) va du métro Monceau au métro Villiers. Marinette était secrétaire et – chose rare à l’époque – bilingue Français-Anglais. Elle travaillait à l’usine Cadum-Palmolive de Courbevoie. L’usine se trouvait 5 boulevard de la Mission-Marchand – quartier bouleversé par la construction de la Défense.

Reconstituer le trajet que Marinette devait emprunter chaque matin entre son domicile et le bureau. Faire le chemin aujourd’hui avec les moyens de transport de l’époque. Si elle habite rue de Presbourg elle doit prendre le métro à l’Étoile (pas encore Charles-de-Gaulle). Ligne 1 direction Pont-de-Neuilly. La prolongation de la Porte Maillot à Neuilly date de 1937. Choisissons un jour de semaine au hasard, le jeudi 26 mai 1937 et partons à 7h30 pour embaucher à 8h. Deux stations (Les Sablons et Pont-de-Neuilly). Temps de trajet de 2 minutes plus long qu’aujourd’hui dans une rame Sprague-Thomson (2nde Classe, wagon vert). A-t-elle une place assise ? Les hommes d’alors se lèvent-ils pour laisser leur place aux dames ? Terminus Pont-de-Neuilly. Que peut-on voir en sortant du métro ? En 1937 le pont en pierre est en pleine reconstruction (l’actuel sera inauguré en 1942). Aperçoit-on, de l’autre côté de la Seine, l’immense carrefour de la Défense et son « Monument de la Défense de Paris (1870-1871) » installé sur le terre-plein central ? Elle prend l’autobus 73 direction La Garenne-Colombes pour 5 arrêts (Anciens Combattants – Strasbourg – Place de la Défense – Capitaine Guynemer – Mission-Marchand). L’usine se trouve sur le trottoir d’en face. Impossible de trouver une image de cette usine construite en 1910 qui fabrique du dentifrice et du savon. Il est 7h59. Voici les grilles (peut-être), le toit surmonté d’une enseigne Cadum-Palmolive (peut-être), la façade en briques jaunes (peut-être), la cour et les camions d’expédition (peut-être). Elle arrive devant l’entrée du personnel, prend sa fiche au tableau et la passe dans la pointeuse, longe un couloir, entre dans le grand bureau des secrétaires, retire son manteau, s’installe devant sa machine à écrire. Il est 8h02. Sa journée commence.

Dans le récit de ma grand-mère, Marinette, célibataire, sortait beaucoup, le soir, sur les Champs-Élysées (plus près de la rue de Presbourg que de la rue de Phalsbourg, donc). Ma grand-mère n’aurait pas utilisé l’expression de « mauvaise vie » mais son visage n’exprimait pas autre chose quand elle parlait de celle que menait sa belle-sœur dans les années 1930. De là cette histoire d’avortements (et cette phrase affreuse qui m’est restée en tête car entendue à un âge où le sens exact m’échappait mais où j’étais capable de percevoir, en sous-texte, brutalité et réprobation : « Marinette s’est fait curer la matrice »).

Oublier StreetView. Conserver un instant les images de l’été 81, les sauvegarder avant que le numérique ne les remplace. La grande maison en briques rouges – le salon et ses fenêtres à moustiquaire donnant sur Lakewood – la cuisine encombrée de gamelles de pâtée pour chiens, de croquettes pour chat – les inséparables en cage qui passent la journée à piailler et qu’elle rembarre sans cesse d’un « Shut up ! » que son accent de Clichy prononce « Chaddap ! » – le Detroit News du jour sur la table de la cuisine attendant de finir en litière – les odeurs de bêtes qui montent du basement où se donnent rendez-vous tous les greffiers du coin – sa malle de reliques de Paris d’où s’échappent un manteau en astrakan et un renard aux yeux de verre – le sillage Guerlain de la French Lady of the Neighborhood – sa mauvaise humeur légendaire – son nez énorme, le même que celui de mon grand-père – son français figé en 1946, langue hors-sol – son anglais brisé qu’elle tord de son accent des faubourgs – ce frère aîné qu’elle chérit, couve du regard, enlace – la tendresse qui unit ces deux-là, intacte malgré l’océan de séparation – ce « François » qu’elle prononce pour se convaincre qu’il est bien là, face à elle – ce bras qu’elle passe autour du sien – ces tête-à-tête dans la cuisine, échos de Clichy dans la nuit de Detroit.

Je ne sais rien de la guerre de Marinette. Je ne sais pas si Cadum-Palmolive a continué à produire du savon pour le compte des Allemands. Je ne sais pas si les soirées sur les Champs-Élysées se sont poursuivies sous l’Occupation – et au bras de qui. Je ne sais pas ce que Marinette pensait de Pétain, de Doriot, des Français de Londres, des V sur les murs, des étoiles jaunes dans les rues. La guerre passe et Marinette part aux USA. Elle a rencontré le soldat William Brooks à Paris. L’archive nous apprend que Marinette s’est mariée le 24 juillet 1946 à la mairie de Houston (Texas) avec William L. Brooks. Les témoins sont les officiers d’Etat-civil présents. Ni famille ni amis pour les féliciter.

En épousant William Marinette devient une « épouse de guerre » comme 200 000 autres Européennes entre la fin de la guerre et le début des années 50. Quelles images du Texas pouvaient transporter ces War Brides ? Quelles images formées au Gaumont-Palace de la place Clichy ? La plupart d’entre elles ont voyagé par bateau. Un paquebot faisait régulièrement la navette entre l’Europe et New York : le SS Argentina avec à son bord, à chaque traversée, 500 épouses ou fiancées, souvent enceintes. Le port d’adieu à l’Europe se trouvait à Southampton – comment rejoint-on Southampton depuis Paris dans le désordre de la reconstruction ? Marinette a-t-elle pris le train du Havre à St. Lazare avant d’embarquer sur un ferry pour la côte anglaise ? Quel pont, quelle cabine sur le paquebot ? Quelles occupations pendant les six jours de traversée ? Quelle brume autour de la statue de la Liberté ?

Marinette ne reviendra jamais en France. Le lien avec le pays ne sera maintenu que par les lettres qu’elle échange, une par mois, avec son grand frère.

Un jour j’ai eu entre les mains une photo de William Brooks. Il se trouve devant le 2514 Lakewood aux côtés de mon grand-père. Mon grand-père était un homme de taille moyenne – 1,70 – et William le dépasse d’une bonne tête. William porte un pantalon gris, une chemisette blanche et des lunettes à monture épaisse. Mince, brun, dégarni. Épaule contre épaule, les deux hommes sourient, visiblement heureux d’être immortalisés ensemble. De quoi pouvaient-ils bien parler ? 5 mots d’anglais et 5 de français ne font pas conversation. Marinette passait-elle un mois à faire la traduction ? William était ingénieur chez Ford, mon grand-père carrossier. Juste après le certificat d’études il avait débuté comme chaudronnier pour les constructeurs qui fabriquaient – quasiment sur-mesure – des voitures du côté de la porte d’Asnières. De 1928 à 1932 il a tenu un garage à son compte à Constantine, 28 rue Damrémont. Lorsque l’affaire a capoté il est revenu en métropole. Des voitures il est passé aux avions pour Blériot, à la SNCASO puis chez Dassault. À l’époque de la photo il termine sa carrière à l’usine de Saint-Cloud. William et François. François et William. Ford et Dassault. Ford déclinant à toute vitesse, vidant Detroit de ses habitants à l’heure où les beaux frères, épaule contre épaule, sourient sur le front yard du 2514 Lakewood.

William est mort d’un cancer le 1er mai 1972. Marinette veuve à l’âge de 63 ans. Entre 1970 et 1980 Detroit a perdu 10% de sa population. Marinette a loué l’étage de la maison à une famille noire. Les chats, les chiens, les oiseaux ont envahi basement et rez-de-chaussée.

Images de Marinette, été 81. Silhouette figée dans les fifties américaines : pantalon corsaire, ballerines, blouse satinée, serre-tête, cheveux teints en noir raidis par la laque, lunettes papillon. The French Lady of the Neighborhood faisant ses rondes pour nourrir les chats ensauvagés. Marinette et son anglais brisé, veuve isolée sans permis à Motor City qu’abandonnent Chrysler et Ford.

En décembre 90 Marinette apprend la mort de son frère chéri. À son âge impossible de retraverser l’océan pour un enterrement. Fin 93 une chute. Opérations, rééducation. Six mois dans les hôpitaux avec couverture Medicaid (reçoit-elle quelques sous de ses années chez Cadum-Palmolive à Courbevoie ?) Retour à la maison. Finies les rondes dans le quartier, elle ne circule plus qu’à pas comptés entre la chambre à la cuisine. Entre 1980 et 1995 Detroit perd 35% de sa population. Les lumières s’éteignent peu à peu et la French Lady est seule. Plus de lettres à écrire, plus de nouvelles sur le papier translucide.

Marinette quitte le 2514 Lakewood en 2000. Elle prend, en ambulance, le chemin de la maison de retraite. Qui pour lui rendre visite ?

Elle meurt le 3 mars 2003.

Je n’apprends son décès qu’un an plus tard, à l’occasion d’un mariage dans le Val d’Oise. On avait bu et dansé, c’était un mariage joyeux dans une salle municipale moche, près d’un stade. Fumant ma clope un verre de mousseux à la main, j’apprends la mort de Marinette, comme ça. Il est tard, j’ai trop bu, je n’y comprends rien.

Le lendemain, sans trop y croire, je cherche Marinette sur le web. En 2004 la trace laissée par chacun n’est pas si profonde qu’aujourd’hui. Et je tombe sur un faire-part publié dans Detroit News le 5 mars 2003 :

March 3, 2003, age 94. Beloved wife of the late William. Dear sister-in-law of Louis and LaFonna Spasich. Visitation Wednesday 3-9 p.m. at Wujek-Calcaterra & Sons, Inc. 36900 Schoenherr at Metro Parkway (16 Mile). Funeral service Thursday 11:00 a.m. at funeral home. Interment Gesthemane Cemetery, Detroit.

Qui pour accompagner Marinette ce jour de mars 2003 ? Qui pour parler cette langue dans laquelle j’écris et qui n’était plus tout à fait la sienne ? Qui pour évoquer l’impasse des Cailloux au croisement de Schoenherr et de 16 Mile Rd. ? Qui sur le parking enneigé pour se souvenir de la rue de Presbourg (ou de Phalsbourg), de l’usine Cadum-Palmolive, du SS Argentina, de Clichy-la-Garenne, de son frère mort treize ans plus tôt ?

J’ai cherché Louis et LaFonna Spasich dans les annuaires du Michigan. Ils habitaient la ville d’Elk Rapids, au nord de l’état. Je suis descendu acheter un bloc de papier « Avion » et leur ai écrit une lettre d’une page dans mon broken english – une évocation de l’été 81 avec Marinette, de la place qu’elle avait pour mon grand-père, et quelques questions, sans doute maladroites, sur ses dernières années. Je n’ai reçu aucune réponse, jamais.

Marinette est enterrée au Gesthemane Cemetery, à 2 miles de Lakewood. J’ai noté quelque part l’adresse mail de l’accueil pour, un jour peut-être, leur demander cette faveur : pourriez-vous prendre une photo de la tombe, une image comme ça, avec votre portable, en passant ?

Retour à Lakewood. Cliquons sur StreetView. La Google Car est passée à quatre reprises (2008, 2011, 2013, 2019). Trois fois en été, une en hiver. La première – cinq ans après la mort de Marinette – la maison est toujours là. Les fenêtres sont ouvertes. En regardant l’image de plus près je me pose la question : est-elle habitée ? abandonnée ? Aucune voiture n’est garée dans l’allée, aucune présence humaine. 2011, deuxième passage. Un buisson a grandi devant les marches qui mènent au front porch. Les fenêtres ouvrent sur l’obscurité. L’adresse notée en haut de l’écran n’est pas la bonne : 2512 au lieu de 2514. 2013, troisième passage. Le buisson est devenu un arbre immense derrière lequel disparaît le rez-de-chaussée. Ses plus hautes branches masquent les fenêtres de l’étage. Six années passent et voici la dernière image disponible. L’arbre a été coupé. Il ne reste rien qu’un rectangle d’herbe rase là où se dressait la maison. La nudité des cimetières américains appliquée à la ville dépeuplée. L’adresse même a cessé d’exister dans StreetView. On descend la rue et c’est partout la même chose : là où se tenaient les maisons avec leurs Ford dans les allées, là où William et mon grand-père prenaient la pose, là où Marinette et son grand frère faisaient bras dessus bras dessous leur promenade du matin il ne reste rien que des rectangles d’herbe rase et une maison, une sur dix, guère plus, pour s’adresser à ce qui était et qui n’est plus.

Une réflexion sur “Lakewood

  1. Beaucoup aimé ce texte, commencé comme ça, légèrement, c’est une quête toute personnelle comme on peut l’avoir d’un récit familial, une trajectoire qui nous fait rêver… la progression est bien, l’équilibre entre le sujet imaginé et le sujet imaginant…

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