Ciments / Jumelage

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Jean-Baptiste était en retard d’une heure et demie, le temps pour Antoine de descendre deux pintes debout au comptoir de MOMO, dans la grande salle qui devait le soir même accueillir la Fête du Jumelage. Deux employés municipaux, sur des échelles à gauche et à droite de l’estrade, fixaient une banderole de cinq mètres de long qui disait « FREEHAM – NEUVILLE 50th ANNIVERSARY » tandis qu’à leurs pieds se bousculaient les musiciens de l’Harmonie Neuvilloise – une trentaine d’hommes et de jeunes garçons en chemise blanche et gilet violet, instruments en main. Leur chef s’arrachait les cheveux en tentant de les placer les uns sur des praticables, les autres sur des pliants sans qu’aucune clarinette n’éborgne un trompettiste ou n’enfonce le crâne d’un des serveurs qui déroulaient des nappes en papier sur les tables du banquet à venir. Antoine avait traversé Neuville à pied pour rejoindre MOMO. Les boulangers vendaient des blasons en pain d’épices, des éclairs verts et jaunes comme les armoiries de Freeham. Après hésitation, les employés municipaux choisirent de laisser la banderole légèrement bâiller. Antoine à qui personne n’avait rien demandé approuva en levant son pouce gauche et son verre vide. L’heure avançant, le chef de l’Harmonie ordonna à ses musiciens de ne plus bouger, même si quelques petits disparaissaient encore derrière des grands. « Stop ! » hurla-t-il et tous se figèrent. Un type du journal municipal prit des photos en rafale. Le crépitement du flash étourdit Antoine. L’alcool. C’est l’alcool. Pas d’autre souci à se faire. Rien dans le cerveau. Aucune raison de s’inquiéter. Il pressa pouce et index sur ses yeux, inspira, expira. Tu vois, maintenant ça va mieux. Le chef rappela à ses musiciens qu’ils n’avaient qu’une heure de répétition. Les serveurs interrompirent leur travail autour des tables, les employés municipaux leur balayage, le barman de MOMO sa plonge. « Un…deux…Un deux trois ! » Cors et tubas, saxophones et clairons explosèrent. Leur son était clair, leur accord parfait. Rien à voir avec le désordre de leur mise en place. À les regarder s’époumoner, parfois trop maigres, souvent trop gros, tous rougeauds et si peu à l’aise dans leur habit moche, on ne pouvait attribuer qu’à un dieu de passage la grâce insufflée qui les unissait.

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